Beaucoup de salariés démissionnaires pensent que le préavis commence le jour de l'envoi de leur lettre ou se calcule en semaines entières. En réalité, le décompte suit des règles précises qui varient selon votre statut et votre convention collective. Une erreur de quelques jours peut engager votre responsabilité financière et repousser votre date de départ officielle. Mieux vaut donc partir sur des bases solides avant de remettre votre lettre.
TL;DR : Cet article en bref
- Le préavis démarre le lendemain de la notification (pas le jour même) et se décompte en jours calendaires : weekends, jours fériés et congés inclus.
- La durée varie de 0 à 3 mois selon votre statut et votre convention collective, qui prime sur le Code du travail si elle est plus favorable.
- Dispense non formalisée par écrit ou départ anticipé sans accord : vous risquez une indemnité compensatrice pouvant atteindre plusieurs mois de salaire brut.
Quelle durée de préavis s'applique à votre démission ?
La durée de votre préavis dépend avant tout de votre statut professionnel et de votre ancienneté dans l'entreprise. Le tableau ci-dessous présente les durées légales minimales et les durées conventionnelles les plus courantes en pratique.
| Statut | Ancienneté | Durée légale minimale | Durée conventionnelle courante |
|---|---|---|---|
| Employé non-cadre | Moins de 6 mois | Non fixée par la loi | 1 mois |
| Employé non-cadre | De 6 mois à 2 ans | 1 mois | 1 mois |
| Technicien ou agent de maîtrise | Toute ancienneté | 1 mois | 1 à 2 mois |
| Cadre | Toute ancienneté | 3 mois | 3 mois |
La hiérarchie des normes s'applique clairement ici : la convention collective prime sur le Code du travail dès lors qu'elle est plus favorable au salarié. Votre contrat peut également prévoir une durée supérieure, mais jamais inférieure au minimum légal. Pour connaître précisément vos droits en tant que salarié, consultez la convention collective applicable à votre secteur d'activité.
Point de départ du préavis : quand commence le décompte ?
La notification de votre démission doit être écrite. Le préavis commence à courir le lendemain du jour où l'employeur reçoit votre lettre, et non le jour de la remise. Une lettre déposée en main propre le 5 du mois déclenche donc un préavis dès le 6.
La LRAR (lettre recommandée avec accusé de réception) suit la même logique : le délai part le lendemain de la première présentation du courrier, que l'employeur l'ait réclamé ou non. Un courrier refusé ou jamais récupéré fait tout de même courir le délai à la même date, ce qui peut surprendre. Ce point mérite attention dans toute rupture du contrat de travail.
Conservez toujours une preuve de remise ou de présentation de votre lettre de démission. La LRAR reste la méthode la plus sûre pour fixer le point de départ du préavis sans ambiguïté en cas de litige ultérieur.
Calcul jour par jour : calendaire ou ouvré ?
Le préavis se décompte en jours calendaires : tous les jours comptent, sans aucune exception. Les weekends, les jours fériés et les périodes de congés payés entrent dans le calcul, contrairement au décompte en jours ouvrés qui n'intègre que les jours effectivement travaillés. Cette distinction, souvent méconnue, peut décaler la date de fin de plusieurs jours selon les périodes.
Voici 3 exemples concrets pour visualiser facilement votre date de fin de préavis :
- Préavis d'1 mois démarrant le 6 janvier : fin le 5 février.
- Préavis de 2 mois démarrant le 10 mars : fin le 9 mai.
- Préavis de 3 mois démarrant le 15 juin : fin le 14 septembre.
Quelques cas particuliers à connaître
Les salariés soumis à des règles spécifiques
Certaines catégories de salariés relèvent de conventions collectives ou d'accords de branche qui prévoient des durées de préavis distinctes du régime général. Le tableau ci-dessous récapitule les principaux statuts concernés.
| Statut | Durée de préavis | Référence légale ou conventionnelle |
|---|---|---|
| VRP | 1 à 3 mois selon ancienneté | Convention collective nationale des VRP |
| Journaliste | 1 mois (moins de 3 ans) / 2 mois (au-delà) | Convention collective nationale des journalistes |
| Assistante maternelle | Variable selon contrat et ancienneté | Convention collective nationale des assistantes maternelles |
| Salarié du particulier employeur | 1 semaine à 1 mois selon ancienneté | Convention collective nationale des salariés du particulier employeur |
Préavis et période d'essai : deux logiques différentes
Pendant la période d'essai, c'est le délai de prévenance qui s'applique : de 24 heures à 2 semaines selon la durée de présence, et non un préavis de 1 à 3 mois. La rupture relève ici d'une logique bien plus souple, définie à l'article L1221-26 du Code du travail.
Une fois le poste confirmé, le salarié bascule dans le régime classique du préavis de démission. Ces 2 dispositifs sont régulièrement confondus, ce qui peut conduire à des départs non conformes.
Et en CDD ou mission d'intérim ?
En CDD, aucun préavis n'est prévu en principe : le contrat court jusqu'à son terme. Les seules exceptions sont la faute grave de l'employeur et la signature d'un CDI. Pour les situations liées à la santé, le préavis en cas d'arrêt maladie obéit à des règles encore différentes.
Dispense de préavis : dans quels cas est-elle possible ?
La dispense de préavis ne s'improvise pas et ses conséquences financières varient selon qui en prend l'initiative. Voici les 4 situations à bien distinguer :
- Dispense à l'initiative de l'employeur : un accord écrit est obligatoire. Le salarié est libéré de l'exécution du préavis mais continue à percevoir son salaire jusqu'à la date théorique de fin.
- Dispense à l'initiative du salarié : l'accord exprès de l'employeur est requis. Sans cet accord, vous restez redevable d'une indemnité compensatrice égale au salaire de la période non effectuée.
- Cas grossesse ou congé maternité : la salariée enceinte peut démissionner sans préavis ni indemnité, quelle que soit la durée conventionnelle applicable.
- Cas d'arrêt maladie pendant le préavis : selon la convention collective et la jurisprudence, le préavis peut être suspendu ou continuer de courir. Ce point impacte directement la date de fin de contrat et le solde de tout compte.
En cas de demande de dispense de préavis, formalisez toujours l'accord de votre employeur par écrit (email ou courrier signé). Sans trace écrite, vous restez exposé à une indemnité compensatrice si un litige survient.
Non-respect du préavis : quels risques pour le salarié ?
Partir avant la fin du préavis sans accord écrit de l'employeur entraîne une indemnité compensatrice égale au salaire brut de la période non effectuée. Pour un préavis de 2 mois non respecté avec un salaire de 3 000 € brut, ce sont 6 000 € qui peuvent être réclamés.
Et le risque ne s'arrête pas là. Si l'employeur prouve un préjudice réel (désorganisation du service, recrutement en urgence), des dommages-intérêts supplémentaires peuvent venir s'ajouter à cette somme. Connaître les obligations légales de l'employeur aide à mesurer l'exposition réelle de chaque partie.
Avant de quitter votre poste, vérifiez ces 3 points :
- Avez-vous notifié votre démission par écrit ?
- Avez-vous obtenu une dispense de préavis formalisée par écrit ?
- Pouvez-vous justifier d'un motif légitime (faute grave de l'employeur ou CDI signé) ?
FAQ : Tout savoir sur le calcul du préavis de démission
Comment calculer la date exacte de fin de mon préavis de démission ?
Partez du lendemain de la notification de votre démission, puis comptez de date à date selon la durée applicable en jours calendaires. Pour un préavis d'1 mois commençant le 6 janvier, la fin tombe le 5 février. Tous les jours entrent dans ce calcul (weekends, fériés, congés compris) : un simple calendrier suffit, sans conversion en jours ouvrés.
Mon préavis est-il suspendu si je tombe malade pendant ?
Pas automatiquement. La règle dépend de votre convention collective : certaines prévoient expressément une suspension, d'autres non. En l'absence de clause spécifique, la Cour de cassation considère généralement que le préavis continue de courir. Consultez votre convention collective ou un avocat pour obtenir une réponse adaptée à votre situation concrète.
Puis-je poser des congés payés pendant mon préavis ?
Oui, avec l'accord de votre employeur. Si celui-ci impose la prise de congés, le préavis peut être reporté d'autant. En l'absence d'accord mutuel, les congés posés pendant le préavis n'en allongent pas la durée.
Que se passe-t-il si mon employeur refuse ma démission ?
L'employeur ne peut pas refuser une démission : c'est un acte unilatéral du salarié, qui prend effet dès la notification écrite. Il peut en contester la validité (vice du consentement par exemple), mais il ne dispose d'aucun droit de veto sur la rupture elle-même.
Le préavis compte-t-il pour le calcul de mes indemnités chômage ?
Oui. La date de fin du préavis (effectué ou non) détermine la fin officielle du contrat, ce qui influence directement le calcul du différé d'indemnisation par France Travail.
Préavis d'1 mois : cela signifie-t-il 30 jours calendaires ?
Non. Un préavis d'1 mois se calcule de date à date, pas sur une base fixe de 30 jours. Un préavis commençant le 5 janvier se termine le 4 février, que le mois compte 28, 30 ou 31 jours. C'est le principe du décompte de mois à mois.
📚 SOURCES
- Code du travail, articles L1237-1 et suivants : durées légales de préavis selon le statut et l'ancienneté (consulté en 2026)
- Service-public.fr : Démission d'un salarié du secteur privé (2026)
- Cour de cassation, Chambre sociale : jurisprudence constante sur le décompte en jours calendaires et la suspension du préavis pendant l'arrêt maladie
- Code du travail, article L1221-26 : délais de prévenance pendant la période d'essai
- Conventions collectives nationales : VRP, journalistes, assistantes maternelles, salariés du particulier employeur (durées conventionnelles de préavis)