Délais pour porter plainte : 1 an, 6 ans ou 20 ans selon l’infraction

Beaucoup pensent qu'on a toujours 6 ans pour porter plainte. C'est faux. Le délai varie en réalité de 3 mois à 30 ans selon la nature de l'infraction. Contraventions, délits, crimes : chaque catégorie obéit à ses propres règles, et dépasser le délai rend votre plainte définitivement irrecevable.

TL;DR : Cet article en bref

  • 3 délais de base : 1 an pour les contraventions, 6 ans pour les délits, 20 ans pour les crimes.
  • Exceptions notables : infractions sexuelles sur mineur jusqu'à 30 ans après la majorité ; injures et diffamation seulement 3 mois.
  • Le délai court en général dès le jour de l'infraction, sauf en cas d'infraction continue, clandestine ou commise sur un mineur.

Les 3 délais de prescription pour porter plainte

La loi distingue 3 durées fixes selon la gravité de l'infraction, codifiées aux articles 7, 8 et 9 du Code de procédure pénale.

Contraventions : 1 an maximum

Les contraventions constituent la catégorie la moins grave du droit pénal, divisée en 5 classes allant du simple bruit de voisinage aux infractions mineures au code de la route. Le délai pour porter plainte est fixé à 1 an à compter du jour de l'infraction.

Parmi les contraventions les plus courantes, on trouve :

  • le tapage nocturne
  • le stationnement gênant ou abusif
  • les dégradations légères
  • le trouble de voisinage répété
  • les incivilités sur la voie publique

Délits : 6 ans pour agir

Les délits forment la catégorie intermédiaire du droit pénal : infractions plus sérieuses que les contraventions, mais moins graves que les crimes. C'est d'ailleurs la catégorie la plus fréquente dans les tribunaux correctionnels, et la grande majorité des plaintes déposées en France concerne des faits délictueux. Le délai légal pour agir est de 6 ans.

Les délits les plus souvent à l'origine d'une plainte sont les suivants :

  • le vol simple ou aggravé
  • l'escroquerie et la fraude
  • les coups et blessures volontaires
  • le harcèlement moral ou sexuel
  • l'abus de confiance
  • la destruction ou la dégradation de biens

Crimes : 20 ans de délai

Les crimes sont les infractions les plus graves du droit pénal français : meurtre, viol, enlèvement et séquestration en sont les illustrations les plus courantes. Pour ces faits, le législateur a fixé un délai de prescription de 20 ans.

Ce délai long se justifie par 2 raisons fondamentales. Les enquêtes criminelles sont souvent complexes et exigent parfois des années de travail judiciaire pour réunir les preuves nécessaires. De plus, les victimes peuvent être dans l'incapacité de se manifester rapidement en raison d'un traumatisme profond. Si vous vous trouvez dans cette situation, connaître la procédure de défense pénale peut s'avérer déterminant dès les premières étapes.

Les exceptions qui allongent ou réduisent ces délais

Certaines infractions dérogent aux règles générales, soit pour mieux protéger les victimes les plus vulnérables, soit pour préserver l'équilibre nécessaire avec la liberté d'expression.

Infractions sexuelles : délais prolongés jusqu'à 30 ans

Le législateur a prévu des délais nettement plus longs pour les infractions sexuelles, en tenant compte de la difficulté que peuvent avoir les victimes à se manifester rapidement. Ces délais dérogatoires s'appliquent quelle que soit la circonstance ou le lieu des faits.

Pour les victimes mineures, le délai ne commence à courir qu'à partir de leur 18e anniversaire. Une victime de viol dans l'enfance peut ainsi saisir la justice jusqu'à l'âge de 48 ans. Le tableau suivant récapitule les délais applicables selon le type d'infraction et le profil de la victime.

Type d'infractionVictimeDélai
ViolMineur30 ans à partir des 18 ans
ViolMajeur20 ans à partir des faits
Agression sexuelleMineur20 ans à partir des 18 ans
Agression sexuelleMajeur6 ans à partir des faits
Exhibition sexuelleMineur10 ans à partir des 18 ans

Injures et diffamation : seulement 3 mois !

C'est le délai le plus court de tout le droit pénal français : 3 mois seulement pour les infractions relevant de la loi du 29 juillet 1881 sur la presse. Ce délai court à partir du jour de la publication ou de la diffusion du message litigieux.

L'urgence est donc réelle. Une injure publique proférée sur les réseaux sociaux ou une diffamation publiée dans un article de presse : dans tous ces cas, vous devez réagir dans les 3 mois. Ce délai très court vise à protéger la liberté d'expression contre des poursuites trop tardives. Pour des faits relevant d'une autre catégorie, comme porter plainte pour négligence, les délais sont sensiblement différents.

Comment calculer le point de départ du délai ?

La règle générale est simple : le délai démarre le jour même de l'infraction. La jurisprudence prévoit cependant des exceptions déterminantes selon la nature des faits :

  1. Infraction instantanée (vol, agression physique) : le délai démarre le jour J, sans nuance possible.
  2. Infraction continue (harcèlement moral) : le délai court à partir du dernier acte constitutif de l'infraction.
  3. Infraction dissimulée (abus de confiance, fraude) : le délai ne commence qu'au jour où la victime découvre les faits.
  4. Victime mineure : quel que soit le type d'infraction, le délai part du 18e anniversaire de la victime.

En cas de doute sur votre propre situation, un avocat spécialisé en pénal peut identifier votre point de départ avec précision.

Que faire si le délai est dépassé ?

Lorsque la prescription est acquise, la plainte est irrecevable : le parquet classe sans suite et aucune poursuite pénale n'est plus possible. La voie répressive est définitivement fermée.

Et pourtant, tout n'est pas perdu. La prescription pénale et la prescription civile ne s'écoulent pas sur les mêmes durées. Il est donc parfois encore possible d'agir sur le terrain de la réparation, même quand la plainte pénale n'aboutirait plus.

Voici les alternatives que vous pouvez envisager :

  • engager une action civile en réparation du préjudice, si le délai civil (5 ans en général) n'est pas encore expiré
  • recourir à la médiation ou à la conciliation pour trouver un accord amiable
  • saisir un ordre professionnel si la personne mise en cause y est inscrite (médecin, avocat, architecte)
  • contacter le procureur de la République pour soumettre les faits et obtenir un avis officieux

Avant de conclure que votre délai est dépassé, nous vous recommandons de consulter un avocat pénaliste. La qualification exacte des faits (infraction instantanée ou continue, visible ou clandestine) peut modifier le point de départ du délai et rouvrir une fenêtre que vous pensiez fermée.

FAQ : Tout savoir sur les délais pour porter plainte

Quel est le délai pour porter plainte après un vol ?

Le vol est qualifié de délit en droit pénal français, ce qui lui applique le délai standard de 6 ans. Ce délai commence à courir le jour du vol lui-même. Si plusieurs vols ont été commis de manière répétée par le même auteur, chaque fait fait courir son propre délai. Passé 6 ans, la plainte sera irrecevable.

Quel délai pour porter plainte en cas d'agression ?

Une agression physique constitue le plus souvent un délit (coups et blessures volontaires), sauf si elle a entraîné la mort ou a été commise avec préméditation : elle bascule alors dans la catégorie des crimes. Dans le premier cas, vous disposez de 6 ans pour agir ; dans le second, le délai monte à 20 ans.

Le délai court-il si je ne connais pas l'auteur (plainte contre X) ?

Oui, le délai de prescription court dès la commission des faits, que l'auteur soit identifié ou non. La découverte ultérieure d'un suspect ne remet pas le compteur à zéro. Nous vous conseillons donc de déposer une plainte contre X rapidement : c'est une façon d'interrompre le délai sans attendre de connaître l'identité du coupable.

Peut-on encore porter plainte 15 ans après un crime ?

Oui, tout à fait. Le délai de prescription pour un crime est de 20 ans. À 15 ans après les faits, vous êtes encore dans les temps. Si la victime était mineure au moment des faits, le délai ne commence qu'à ses 18 ans, ce qui repousse l'échéance bien au-delà.

Que se passe-t-il concrètement si je dépasse le délai de prescription ?

La prescription éteint l'action publique : votre plainte sera classée sans suite et aucune poursuite pénale ne sera engagée. Cela ne signifie pas la fin de tout recours. Si vous souhaitez par exemple porter plainte pour abus de confiance, vérifiez si l'action civile en réparation reste ouverte, car ses délais sont distincts des délais pénaux.

Les délais sont-ils identiques dans toute la France ?

Oui. Les délais de prescription pénale sont fixés par le Code de procédure pénale, qui s'applique uniformément sur l'ensemble du territoire français. Que vous soyez à Paris, à Marseille ou dans un département d'outre-mer, les règles sont identiques. Seule exception : certaines infractions commises à l'étranger peuvent relever de régimes juridiques distincts.

📚 SOURCES

  • Légifrance : articles 7, 8 et 9 du Code de procédure pénale (délais de prescription des contraventions, délits et crimes)
  • Ministère de la Justice, service justice.fr : rubrique Porter plainte (consulté en 2026)
  • Service-public.fr : porter plainte, délais applicables aux infractions sexuelles sur mineurs (consulté en 2026)
  • Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, article 65 : prescription des infractions de presse
Écrit par Clarisse Menvielle
Rédactrice juridique en chef